L’œuvre est, par bien des aspects, parfaitement atypique dans le corpus des requiem français, bien qu’on puisse y voir l’aboutissement d’une nouvelle esthétique de la musique funèbre amorcée par Chérubini en 1837, et réaffirmée, après Liszt, par Saint-Saens en 1878.
La structure de l’œuvre étonne tout d’abord, car elle est fort éloignée du modèle généralement adopté par ses prédécesseurs. Ne comprenant ni Graduel, ni Prose, ni Benedictus et, dans la version originale, pas d’Offertoire, elle inclut en revanche le traditionnel Pie Jesu pour l’Élévation, ainsi que l’antienne In Paradisum chantée après l’absoute. Quant au Libera me, il s’agit d’une composition antérieure que le compositeur n’ajouta au Requiem qu’en 1892.
Ce schéma original, de même que la liberté avec laquelle Fauré dispose du texte liturgique, mettent en lumière la conception très personnelle – et peu académique - que le compositeur a de la messe des morts.
Le soin scrupuleux avec lequel il évite toute connotation dramatique illustre son intention d’écrire, selon ses propres termes, une « berceuse de la mort ». Bien que l’adjonction d’un baryton solo et de cuivres en 1892, en ait sensiblement modifié la couleur, il est évident que le climat instauré par Fauré dans cette œuvre tient plus de l’angélisme que du satanisme évoqué par nombre de ses prédécesseurs.
Si la simplicité et la souplesse des lignes mélodiques témoignent de sa bonne connaissance du plain-chant, le jeu parfaitement maitrisé des subtilités harmoniques, permettant d’infléchir instantanément le climat d’un morceau, doivent beaucoup à Saint-Saëns.
Il s’agit donc bien là d’un des requiem les plus originaux de tout le XIX° siècle, en complète rupture avec la tradition du requiem romantique.
Fauré dit de son œuvre :
Mon requiem a été composé pour rien….pour le plaisir, si j’ose dire…..Peut-être ai-je ainsi, d’instinct cherché à sortir du convenu, voilà si longtemps que j’accompagne à l’orgue des services d’enterrement ! J’en ai par-dessus la tête. J’ai voulu faire autre chose.


