29. Récitatif
29.Evangelista : Und von Stund an nahm sie der Jünger zu sich. Darnach, als Jesus wußte, daß schon alles vollbracht war, daß die Schrift erfüllet würde, spricht er :Jesus : Mich dürstet !Evangelista : Da stund ein Gefäße voll Essigs. Sie fülleten aber einen Schwamm mit Essig und legten ihn um einen Isopen und hielten es ihm dar zum Munde. Da nun Jesus den Essig genommen hatte, sprach er :Jesus : Es ist vollbracht ! 29. (Jn 19, 27b-30a)L’évangéliste : Et, dès ce moment, le disciple la prit chez lui. Après cela, Jésus, qui savait que tout était déjà consommé, dit, afin que l’Écriture fût accomplie :Jésus : J’ai soif.L’évangéliste : Il y avait là un vase plein de vinaigre. Les soldats en imbibèrent une éponge, et l’ayant fixée à une branche d’hysope, ils l’approchèrent de sa bouche. Quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit :Jésus : Tout est accompli.
Ce récitatif présente les 5e et 6e paroles du Christ sur la croix. (nous avons entendu la 3e dans le récitatif précédent, les autres paroles sont dans les autres évangiles). Ces paroles font référence à l’arrestation de Jésus, lorsque celui dit à Pierre : Remets ton épée dans le fourreau : ne boirai-je pas la coupe que le Père m’a donnée à boire ?. Ayant bu le vinaigre, il peut donc dire que tout est accompli.
Bach utilise une simple gamme descendante pour exprimer l’accomplissement.
30. Aria – Molto adagio/ Vivace/ adagio, Alto
Es ist vollbracht !O Trost für die gekränkten Seelen ;die Trauernachtläßt mich die letzten Stunden zählen.Der Held aus Juda siegt mit Macht,und schließt den Kampf,Es ist vollbracht ! C’est accompli !O consolation pour les âmes souffrantes ;La nuit de tristesseme laisse compter les dernières heures.Le héros de Juda l’emporte avec force,et clôt le combat,c’est accompli !
Bach place cette sublime aria juste avant la mort de Jésus. Le texte est adapté de la passion de Christian Heinrich Postel déjà citée. Il rappelle qu’on est proche du dénouement, et donc proche de la résurrection et de la victoire du "héros de Juda".
Bach adopte ici le style du tombeau français, avec une viole de gambe, instrument profane traditionnel pour cette musique, et un rythme de marche très lente (pavane), en style pointé. La viole de gambe reprend d’abord le motif descendant de la parole du Christ, en le transposant en si mineur, tonalité "solitaire et mélancolique" d’après Marc Antoine Charpentier. On reconnaît le célèbre thème que Giazotto réutilisera dans son « Adagio d’Albinoni ». Puis l’alto reprend à son tour cette descente, légèrement modifiée, et commence une méditation sombre et douloureuse. Une longue tenue de la soliste dans le grave sur « nuit de tristesse » figure la longueur de la nuit, dont les dernières heures arrivent enfin.
La section médiane est en contraste complet, puisqu’elle adopte la tonalité guerrière de ré majeur, et le stile concitato (style agité) cher à Monteverdi : notes répétées exprimant le combat, motifs de trompette, longues vocalises guerrières accompagnées par toutes les cordes : il s’agit d’exprimer ici la victoire d’un héros, avec toute la martialité possible.
Brusquement, l’envolée s’interrompt, pour revenir sur la phrase descendante « tout est accompli », et la plainte grave de la viole de Gambe. La reprise est plus courte, avec seulement deux phrases répétées de l’alto, toujours sur le même motif descendant. Bach inverse ici le rapport habituel entre les parties d’une aria : habituellement la partie centrale est plus méditative que les autres.
Écoutons d’abord, Harnoncourt avec la viole de gambe bouleversante de Christophe Coin :
Une transcription pour orchestre de Mikhail Pletnev, c’est kitsch, mais beau :
Pour finir, Suzuki :
31. Récitatif
31.Evangelista : Und neiget das Haupt und verschied. 31. (Jn 19, 30b)L’évangéliste : Et, baissant la tête, il rendit l’esprit.
Le dénouement, dans une phrase très sobre de l’évangéliste, s’intercale entre deux arias.
32.Aria – Adagio, Basse solo et chœur
Solo : Mein teurer Heiland, laß dich fragen,da du nunmehr ans Kreuz geschlagenUnd selbst gesaget : Es ist vollbracht !Bin ich vom Sterben frei gemacht ?Kann ich durch deine Pein und Sterbendas Himmelreich ererben ?Ist aller Welt Erlösung da ?Du kannst vor Schmerzenzwar nichts sagenDoch neigest du das Haupt und sprichststillschweigend : Ja ! Solo : Mon précieux sauveur, laisse-toi interroger,Maintenant que tu es mis en croixEt dis toi-même : c’est accompli !Suis-je rendu libre de la mort ?Puis-je par tes peines et ta morthériter du royaume des cieux ?La rédemption du monde entier est-elle là ?Tu ne peux, sous la douleurquasiment rien dire.Pourtant tu inclines la tête et parlessilencieusement : Oui ! Choral : Jesu, der du warest totlebest nun ohn’ Ende,In der letzten Todesnot,nirgend mich hinwende,Als zu dir, der mich versühnt.O mein trauter Herre !Gib mir nur, was du verdient,mehr ich nicht begehre. Choral : Jésus, qui étais mortvis maintenant sans fin.Dans la dernière angoisse mortelle ;que vers nul je ne me tourne,sinon vers toi, qui me pardonnes.O, mon cher Seigneur !Donne-moi seulement ce que tu as gagné,je ne désire pas plus.
Cet aria avec chœur est proche du choral figuré, style très utilisé par Bach dans ses chorals pour orgue, dans lequel le compositeur mêle une formule mélodique répétée (figure) et un choral : le soliste et le violoncelle commencent une mélodie en valeurs courtes, sur laquelle vient ensuite se superposer une phrase du choral en valeurs longues (cantus firums). Le procédé reprend ensuite pour chacune des phrases du choral.
Ici, le choral est le "Jesu Kreuz, Leiden und Pein" de Melchior Vulpius déjà utilisé à deux reprises dans cette passion, toujours sur les paroles du cantique de la passion de Paul Stockmann, strophe 34 (c’est long, un cantique de la passion !). Les paroles du soliste proviennent pour leur part de la passion de Barthold Heinrich Brockes.
Le motif en valeurs courtes est en faite une voix de basse pour la première phase du choral. Très simple (motif en croix et trille), il est exposé d’abord au violoncelle, puis repris par le soliste, puis revenant au violoncelle, parcourt toute la pièce, à la manière d’une basse de chaconne. La répétition incessante ce cette figure exprime le côté lancinant de la question : suis-je vraiment libéré de la mort ?
Cette forme d’aria avec choral permet d’opposer les phrases inquiètes et torturées de la basse, accompagnée par le violoncelle, à la calme certitude de l’assemblée qui évoque sa confiance en la résurrection au cantus firmus.
(Suzuki, toujours impérial)
33. Récitatif
33.Evangelista : Und siehe da, der Vorhang im Tempel zerriß in zwei Stück von oben an bis unten aus. Und die Erde erbebete, und die Felsen zerrissen, und die Gräber täten sich auf, und stunden auf viele Leiber der Heiligen ! 33. (Mt 27, 51-52)L’évangéliste : Et voici, le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas, la terre trembla, les rochers se fendirent. Et les sépulcres s’ouvrirent, et plusieurs des saints qui étaient morts ressuscitèrent.
Pour la seconde fois, Bach intercale un passage de la passion selon Saint Mathieu pour évoquer un événement que Jean ne décrit pas, le tremblement de terre. Le déchirement du voile de haut en bas (chanté évidemment sur une phrase descendante par l’évangéliste) est décrit par un grand trait descendant, puis le tremblement de terre est évoqué par des trémolos (tremblement, en italien) de toutes les cordes.
34. Arioso – Ténor
Mein Herz ! indem die ganze WeltBei Jesu Leiden gleichfalls leidet,die Sonne sich in Trauer kleidet,Der Vorhang reißt, der Fels zerfällt,Die Erde bebt, die Gräber spalten,weil sie den Schöpfer sehn erkalten :Was willt du deines Ortes tun ? Mon cœur ! Alors que le monde entiersouffre comme souffre Jésus,que le soleil s’habille en deuil,que le voile se déchire, que le rocher se fend,que la terre tremble, que les tombes s’ouvrent,car ils ont vu le Créateur se refroidir :que vas-tu faire de ton côté ?
Le récitatif continue en un arioso (récitatif accompagné par tout l’orchestre), sur un texte de Brockes. On reste dans l’ambiance du tremblement de terre avec des trémolos et des traits des cordes. Cet arioso au ton dramatique et aux phrases inquiètes sert d’introduction à l’air de soprano.
35. Aria – Molto adagio, Soprano
Zerfließe, mein Herze, in Fluten der Zährendem Höchsten zu Ehren.Erzähle der Welt und dem Himmel die Not,dein Jesus ist tot ! Epanche-toi, mon cœur, en flots de larmespour honorer le Très-Haut.Raconte au monde et au ciel la détresse :ton Jésus est mort !
Le texte provient toujours de la passion de Brocke.
A nouveau, Bach utilise la flûte pour accompagner la soprano, en duo avec un hautbois de chasse. D’après le musicologue Peter Dieksen, la flûte ne devait pas être présente dans la première version (peut-être remplacée le hautbois ?), car la tonalité de fa mineur impose des doigtés très compliqués au flûtiste baroque. La flûte traversière est alors en pleine mutation, avec l’adoption de la perce conique de Jacques Martin Hotteterre au tout début du XVIIIe, et les possibilités d’interprétations devaient progresser d’année en année, ce qui expliquerait l’apparition de la flûte à partir de la version de 1725.
Le hautbois de chasse (oboe da caccia) est un intrument assez mal connu, ancêtre du cor anglais, qui apparaît pour la première fois dans cette passion, et qu’on retrouve dans quelques cantates de Bach. Il semble avoir été inventé par un célèbre facteur d’intrument installé à Leipzig depuis 1710, Johann Heinrich Eichentopf. Il doit son nom à son pavillon semblable à un pavillon de cor de chasse,et sonne une quinte en dessous du hautbois. On utilise souvent un cor anglais pour jouer cet air, les reproductions de hautbois de chasse étant très rares.
Le timbre doux et voilé du hautbois de chasse, allié à la douceur de la flûte, permet d’évoquer le flot des larmes, et la détresse devant la mort. Les tenues de la soprano dans l’aigu illustrent la formule « le Très-Haut ». La basse descendante en croches groupées par cinq, peut représenter à la fois la mise au tombeau, et les cinq plaies du Christ :

Écoutons Suzuki :
36. Récitatif
36.Evangelista : Die Juden aber, dieweil es der Rüsttag war, daß nicht die Leichname am Kreuze blieben den Sabbath über (denn desselbigen Sabbaths Tag war sehr groß), baten sie Pilatum, daß ihre Beine gebrochen und sie abgenommen würden. 36. (Jn 19, 31-37)L’évangéliste :Dans la crainte que les corps ne restassent sur la croix pendant le sabbat – car c’était la préparation, et ce jour de sabbat était un grand jour – les Juifs demandèrent à Pilate qu’on rompît les jambes aux crucifiés, et qu’on les enlevât. Da kamen die Kriegsknechte und brachten dem ersten die Beine und dem anderen, der mit ihm gekreuziget war. Als sie aber zu Jesu kamen, da sie sahen, daß er schon gestorben war, brachen sie ihm die Beine nicht, sondern der Kriegsknechte einer eröffnete seine Seite mit einem Speer, und alsobald ging Blut un Wasser heraus. Les soldats vinrent donc, et ils rompirent les jambes au premier, puis à l’autre qui avait été crucifié avec lui. S’étant approchés de Jésus, et le voyant déjà mort, ils ne lui rompirent pas les jambes ; mais un des soldats lui perça le côté avec une lance, et aussitôt il sortit du sang et de l’eau. Und der das gesehen hat, der hat es bezeuget, und sein Zeugnis ist wahr, und derselbige weiß, daß er die Wahrheit saget, auf daß ihr glaubet. Denn solches ist geschehen, auf daß die Schrift erfüllet würde : Ihr sollet ihm kein Bein zerbrechen. Und abermal spricht eine andere Schrift : Sie werden sehen, in welchen sie gestochen haben. Celui qui l’a vu en a rendu témoignage, et son témoignage est vrai ; et il sait qu’il dit vrai, afin que vous croyiez aussi. Ces choses sont arrivées, afin que l’Écriture fut accomplie : aucun de ses os ne sera brisé. Et ailleurs l’Écriture dit encore : ils verront celui qu’ils ont percé.
L’évangile de Jean fait souvent des allusions aux écritures, pour montrer que le drame était écrit il y a longtemps. Ici il cite un psaume de l’ancien testament. On notera que chaque fois que l’évangéliste cite une écriture sainte, il le fait sur un tempo très lent (Adagio), pour marquer le respect, et l’aspect immuable des écritures.
37. Choral
O hilf, Christe, Gottes Sohn,durch dein bittre Leiden,Daß wir dir stets untertanall’ Untugend meiden ;Deinen Tod und sein Ursach’fruchtbarlich bedenken,Dafür, wiewohl arm und schwach,dir Dankopfer schenken. O aide-nous, Christ, Fils de Dieu,par ta souffrance amère,que, sans cesse à toi soumis,nous évitions tout vice ;ta mort et sa cause,que nous y songions fructueusement,et que, pour cela, bien que pauvres et faibles,nous t’offrions le sacrifice d’action de grâces.
Ce choral est une reprise du n° 12 (choral d’ouverture de la seconde partie), afin de refermer la boucle. Les paroles sont la 8e strophe du cantique de la passion "Christus, der uns selig macht" de Michael Weisse. C’est à nouveau une réflexion sur la souffrance et la mort du Christ, et sur la force que doit en tirer le fidèle pour éviter le vice.
38. Récitatif
38.Evangelista : Darnach bat Pilatum Joseph von Arimathia, der ein Jünger Jesu war (doch heimlich aus Furcht vor den Juden), daß er möchte abnehmen den Leichnam Jesus. Und Pilatus erlaubete es. Derowegen kam er und nahm den Leichnam Jesus herab.Es kam aber auch Nikodemus, der vormals in der Nacht zu Jesus kommen war, und brachte Myrrhen und Aloen untereinander bei hundert Pfunden. Da nahmen sie den Leichnam Jesu und bunden ihn in leinen Tücher mit Spezereien, wie die Juden pflegen zu begraben. 38. (Jn 19, 38-42)L’évangéliste : Après cela, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate la permission de prendre le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Il vint donc, et prit le corps de Jésus. Nicodème, qui auparavant était de nuit vers Jésus, vint aussi apportant un mélange d’environ cent livres de myrrhe et d’aloès. Ils prirent donc le corps de Jésus, et l’enveloppèrent de bandes, avec les aromates, comme c’est la coutume d’ensevelir chez les Juifs. Es war aber an der Stätte, da er gekreuzigt ward, ein Garte, und im Garten ein neu Grab, in welches niemand je gelegen war. Or il y avait un jardin dans le lieu où Jésus avait été crucifié, et dans le jardin un sépulcre neuf, où personne encore n’avait été mis. Daselbst hin legten sie Jesus, um des Rüsttags willen der Juden, dieweil das Grab nahe war. Ce fut là qu’ils déposèrent Jésus, à cause de la préparation des Juifs, parce que le sépulcre était proche.
Ce dernier récitatif narre la mise au tombeau dans le jardin au pied du Golgotha. Jean précise que la sépulture de Jésus n’est pas complète. Selon la coutume le corps aurait du être lavé. Il ne le sera pas, à cause de la préparation de la Pâque juive et du sabbat qui commence quelques heures plus tard.







