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Passion selon St Jean, 2e Partie,1 : Le procés devant Pilate

mercredi 3 mars 2010, par M. Bannelier , publié dans

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Le Tintoret : Jésus devant Pilate

Cette sec­tion est tour­née vers l’action. Le chœur y prend un rôle pré­pon­dé­rant, non seu­le­ment dans les cho­rals, mais aussi à tra­vers des chœurs de foule très déve­lop­pés et véhé­ments. Bach mon­tre à tra­vers sa musi­que que c’est la foule qui est le moteur du drame, en récla­mant la cru­ci­fixion, alors que Pilate appa­raît fai­ble et irré­solu.

On y retrouve aussi les leit­mo­tivs de cette pas­sion : la royauté du Christ, qui se mani­feste tout au long du dia­lo­gue avec Pilate, et com­ment l’empri­son­ne­ment du Christ per­met de libé­rer les hom­mes. Ce thème atteint son expres­sion com­plète dans le chœur « Par ta cap­ti­vité, Fils de Dieu, la liberté nous est venue ».

15. Choral

Christus, der uns selig macht,
kein Bös’s hat begangen,
Der ward für uns in der Nacht
als ein Dieb gefangen,
Geführt vor gottlose Leut’
und fälschlich verklaget,
Verlacht, verhöhnt und verspeit,
wie denn die Schrift saget.
Christ, qui nous rend heureux,
n’a commis aucun mal.
Il fut pour nous dans la nuit
pris comme un voleur,
conduit devant des gens sans dieu
et faussement accusé,
moqué, bafoué et insulté,
tout comme le dit l’Écriture.

La mélo­die de ce cho­ral date de 1531. Tout comme les paro­les, elle est de Michael Weisse (1480-1534), qui a publié le pre­mier recueil d’hym­nes en alle­mand de l’Église morave (Unitas Fratrum), « Ein New Gesengbuchlen ». Les paro­les sont un tra­duc­tion libre de l’hymne latin « Patris sapien­tia, veri­tas divina ».

Les paro­les résu­ment la pre­mière par­tie et annonce la suite. L’har­mo­ni­sa­tion est assez solen­nelle, car c’est un chœur d’intro­duc­tion. La mélo­die dif­fère un peu de l’hymne ori­gi­nal (il man­que des notes), sans qu’on puisse affir­mer si c’est à Bach qu’on doit cette sim­pli­fi­ca­tion. On remar­quera, sur les mots « comme un voleur, » la basse « ram­pante » en mon­tée chro­ma­ti­que, comme un voleur qui se glisse le long d’un mur. L’har­mo­nie de la fin du cho­ral est un peu archaï­sante, pour évoquer l’ancien­neté des écritures.

Dans son Orgelbüchlein, Bach a ciselé une har­mo­ni­sa­tion à l’orgue de ce cho­ral (avec la mélo­die com­plète cette fois), en ajou­tant un canon à l’octave entre la basse et le soprano (BWV620) :

16. Récitatif

16a.
Evangelista : Da füh­re­ten sie Jesum von Kaiphas vor das Richthaus ; und es war frühe. Und si gin­gen nicht in das Richthaus, auf daß sie nicht unrein wür­den, son­dern Ostern essen möch­ten. Da ging Pilatus zu ihnen heraus und sprach :
Pilatus : Was brin­get ihr für Klage wider die­sen Menschen.
Evangelista : Sie ant­wor­te­ten und spra­chen zu ihm :
16a. (Jn 18, 28-30a)
L’évangéliste : Ils condui­si­rent Jésus de chez Caïphe au pré­toire ; c’était le matin. Ils n’entrè­rent point eux-mêmes dans le pré­toire, afin de ne pas se souiller, et de pou­voir man­ger la Pâque. Pilate sor­tit donc pour aller à eux, et il dit :
Pilate : Quelle accu­sa­tion por­tez-vous contre cet homme ?
L’évangéliste : Ils lui répon­di­rent :
16b. Chorus
Wäre die­ser nicht ein Übeltäter, wir hät­ten dir ihn nicht überantwortet.
16b. Chœur (Jn 18, 30b)
Si ce n’était pas un mal­fai­teur, nous ne te l’aurions pas livré.
16c.
Evangelista : Da sprach Pilatus zu ihnen :
Pilatus : So neh­met ihr ihn hin und rich­tet ihn nach eurem Gesetze !
Evangelista : Da spra­chen die Juden zu ihm :
16c. (Jn 18, 31a)
L’évangéliste : Sur quoi Pilate leur dit :
Pilate : Prenez-le vous-même, et jugez-le selon votre Loi.
L’évangéliste : Les juifs lui dirent :
16d. Chorus
Wir dür­fen nie­mand töten.
16d. Chœur (Jn 18, 31b)
Il ne nous est pas per­mis de met­tre quelqu’un à mort.
16e.
Evangelista : Auf daß erfül­let würde das Wort Jesu, wel­ches er sagte, da er deu­tete, wel­ches Todes er ster­ben würde. Da ging Pilatus wie­der hinein in das Richthaus und rief Jesus und sprach zu ihm :
16e. (Jn 18, 32-36)
L’évangéliste : C’était afin que s’accom­plît la parole que Jésus avait dite, lorsqu’il indi­qua de quelle mort il devait mou­rir. Pilate ren­tra dans le pré­toire, appela Jésus, et lui dit :
Pilatus : Bist du der Juden König ?
Evangelista : Jesus ant­wor­tete :
Jesus : Redest du das von dir selbst, oder habens dir andere von mir gesagt ?
Evangelista : Pilatus ant­wor­tete :
Pilatus : Bin ich ein Jude ? Dein Volk und die Hohenpriester haben dich mir überantwortet ; was hast du getan ?
Evangelista : Jesus ant­wor­tete :
Jesus : Mein Reich ist nicht von die­ser Welt, wäre mein Reich von die­ser Welt, meine Diener wür­den darob kämp­fen, daß ich den Juden nicht überantwortet würde ! Aber, nun ist mein Reich nicht von dan­nen.
Pilate : Es-tu le roi des juifs ?
L’évangéliste : Jésus répon­dit :
Jésus : Est-ce de toi-même que tu dis cela, ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ?
L’évangéliste : Pilate répon­dit :
Pilate : Moi, suis-je Juif ? Ta nation et les grand-prê­tres t’ont livré à moi : qu’as-tu fait ?
L’évangéliste : Jésus répon­dit :
Jésus : Mon royaume n’est pas de ce monde ; si mon royaume était de ce monde, mes ser­vi­teurs auraient com­battu pour moi afin que je ne fusse pas livré aux Juifs ! mais main­te­nant mon royaume n’est point d’ici bas.
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Jésus devant Pilate (Duccio di Buoninsegna)

Dans cette par­tie, Pilate essaie une pre­mière fois de se débar­ras­ser du pro­blème en lais­sant à la foule le soin de juger Jésus selon la foi juive. Mais la foule ne veut pas de cette solu­tion, car ils ont besoin d’un romain pour condam­ner à mort. Pilate inter­roge alors Jésus sur sa royauté.

Les deux chœurs de ce réci­ta­tif sont tout à fait remar­qua­bles : il sont assez long, alors que le texte sous qui les sous-tend est plu­tôt court, et écrits de manière extrê­me­ment chro­ma­ti­que, si bien qu’il est dif­fi­cile d’en dis­cer­ner la tona­lité (en l’occu­rence ré mineur et la mineur). Ce chro­ma­tisme per­met de mon­trer le mal et la cruauté dans les paro­les de la foule, qui accuse injus­te­ment Jésus (« Si ce n’était pas un mal­fai­teur, nous ne te l’aurions pas livré »), mais ne veut pas le juger selon la loi juive, car alors il ne pour­raient le met­tre à mort (« Il ne nous est pas per­mis de met­tre quelqu’un à mort »). Dans le deuxième chœur, l’accom­pa­gne­ment de l’orches­tre reprend la ritour­nelle uti­li­sée dans les chœurs 2b et 2d, et qui exprime la viva­cité et la super­fi­cia­lité de la foule.

Toutefois, après ces chœurs, l’évangéliste rap­pelle immé­dia­te­ment que la foule, même si elle est cruelle, n’est qu’un ins­tru­ment de la volonté divine : « C’était afin que s’accom­plît la parole que Jésus avait dite ».

Dans le dia­lo­gue qui suit, Bach uti­lise une for­mule agi­tée et guer­rière pour expri­mer le com­bat sur les paro­les de Jésus "mes ser­vi­teurs auraient com­battu pour moi" :

Ecoutons Masaaki Suzuki et le Bach Collegium Japan :

17. Choral

Ach, gros­ser König, groß zu allen Zeiten,
wie kann ich g’nug­sam diese Treu’ aus­brei­ten ?
Kein’s Menschen Herze mag indes aus­den­ken,
was dir zu schen­ken.
 
Ich kann’s mit mei­nen Sinnen nicht errei­chen,
Womit doch dein Erbarmen zu ver­glei­chen.
Wie kann ich dir denn deine Liebestaten
im Werk ers­tat­ten ?
Ah, grand roi, grand en tous temps,
com­ment puis-je suf­fi­sam­ment publier cette fidé­lité ?
Aucun cœur d’homme ne pour­rait
cepen­dant ima­gi­ner quoi t’offrir.
 
Je ne peux attein­dre par mes sens
ce à quoi com­pa­rer ta misé­ri­corde.
Comment puis-je donc te rem­bour­ser
tes faits d’amour par des œuvres ?

La mélo­die de ce cho­ral de Johann Crüger était appa­rue au début de la pre­mière par­tie (n°3). Les paro­les sont ici les stro­phes 8 et 9 du même hymne de la pas­sion de Johann Heermann. On com­prend que Bach ait choisi ces stro­phes, car elles s’ins­cri­vent très pré­ci­sé­ment dans ce thème de la royauté du Christ, en pré­ci­sant le dévoue­ment qu’elle ins­pire au fidèle.

L’har­mo­ni­sa­tion très dif­fé­rente du pre­mier chœur com­prend une superbe par­tie de basse, en contre­point rigou­reux (deux notes sur une), qui sou­tient la mélo­die à la manière d’une basse conti­nue, et donne un ton à la fois recueilli et sol­len­nel à cette pièce.

18. Récitatif

18a.
Evangelista : Da sprach Pilatus zu ihm :
Pilatus : Du bist den­noch ein König ?
Evangelista : Jesu ant­wor­tete :
Jesus : Du sagst’s, ich bin ein König. Ich bin dazu gebo­ren und in die Welt kom­men, daß ich die Wahreit zeu­gen soll. Wer aus der Wahreit ist , der höret meine Stimme.
18a. (Jn 18, 37-40a)
L’évangéliste : Pilate lui dit :
Pilate : Tu es donc roi ?
L’évangéliste : Jésus répon­dit :
Jésus :Tu le dis, je suis roi. Je suis né et je suis venu dans le monde pour ren­dre témoi­gnage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix.
Evangelista : Spricht Pilatus zu ihm :
Pilatus : Was ist Wahreit ?
L’évangéliste : Pilate lui dit :
Pilate : Qu’est-ce que la vérité ?
Evangelista : Und da er das gesa­get, ging er wie­der hinus zu den Juden und spricht zu ihnen :
Pilatus : Ich finde keine Schuld an ihm. Ihr habt aber eine Gewohnheit, daß ich euch einen los­gebe ; wollt ihr nun, daß ich euch der Juden König los­gebe ?
L’évangéliste : Après avoir dit cela, il sor­tit de nou­veau pour aller vers les juifs, et il leur dit :
Pilate : Je ne trouve aucun crime en lui. Mais, comme c’est parmi vous une cou­tume que je vous déli­vre quelqu’un à la fête de Pâque, vou­lez-vous que je vous déli­vre le roi des Juifs ?
Evangelista : Da schrien sie wie­der alle­samt und spra­chen :
L’évangéliste : Alors de nou­veau tous s’écrièrent :
18b. Chorus
Nicht die­sen, die­sen nicht, son­dern Barrabam !
18b. Chœur (Jn 18, 40b)
Non pas lui, mais Barrabas.
18c.
Evangelista : Barrabas aber war ein Mörder. Da nahm Pilatus Jesum und geißelte ihn.
18c. (Jn 18, 40c ; 19,1)
L’évangéliste : Or, Barrabas était un assas­sin. Alors Pilate prit Jésus, et le fit fla­gel­ler.
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Le Christ devant Pilate (ano­nyme, env. 1500)

Ce réci­ta­tif pour­suit le dia­lo­gue entre Jésus et Pilate sur le carac­tère royal de Jésus. On y retrouve le thème mélo­di­que de la royauté sur les paro­les "Tu le dis, je suis roi". On a déjà évoqué le contraste entre la manière dont Jésus et Pilate pro­non­cent le mot "Vérité". Alors que l’inter­ven­tion de Jésus la met en valeur par un brus­que éclairage har­mo­ni­que, le ton fai­ble et inter­ro­ga­tif de Pilate dis­cré­dite même cette notion de vérité en la citant.

L’inter­ven­tion du chœur est cette fois courte, pour récla­mer la libé­ra­tion de Barrabas plu­tôt que d’épargner Jésus, elle tou­jours accom­pa­gné de la ritour­nelle aux vio­lons, et reprend la mélo­die des deux pre­miers chœurs de foule.

La der­nière inter­ven­tion de l’évangélise illus­tre les coups de fouet de manière très expres­sive :

19. Arioso, basse - Adagio

Betrachte, meine Seel’,
mit ängstlichen Vergnügen,
Mit bitt’rer Lust
und halb beklemmten Herzen,
Dein höchstes Gut
in Jesu Schmerzen,
Wie dir aus Dornen,
so ihn stechen,
die Himmelsschlüsselblumen blühen ;
Du kannst viel süße Frucht
von seiner Wehmut brechen,
d’rum sieh’ ohn’ Unterlaß auf ihn.
Contemple, mon âme,
avec une joie inquiète,
avec un plaisir amer
et un cœur à moitié serré,
ton plus haut bien
dans les douleurs de Jésus.
Comment pour toi, à partir des épines
qui le piquent,
les fleurs des clés du ciel fleurissent ;
tu peux cueillir beaucoup de doux fruits
de sa tristesse,
aussi regarde-le sans cesse.

Après la fla­gel­la­tion, moment très fort de cette par­tie, Bach inter­rompt l’action en pla­çant deux airs très déve­lop­pés. C’est un moment de médi­ta­tion et de réflexion, avant la mar­che vers la cru­ci­fixion.

L’arioso de la basse intro­duit l’air du ténor, c’est une can­ti­lène lente et recueillie, accom­pa­gné par tout l’orches­tre. Le terme arioso dési­gne une pièce inter­mé­diaire entre le réci­ta­tif et l’aria.

Les paro­les pro­vien­nent du livret de Barthold Heinrich Brockes déjà cité. L’ins­pi­ra­tion de ce texte est expres­sé­ment pié­tiste : il incite l’âme du fidèle à une sorte d’union mys­ti­que avec Jésus, par la contem­pla­tion de ses dou­leurs, afin d’en obte­nir les "clés du ciel". Les ima­ges com­plexes et colo­rées (les épines de la cou­ronne qui se trans­for­ment en fleur, puis en clé, puis en fruits) sont typi­ques de l’ins­pi­ra­tion baro­que.

Pour cet arioso, Bach intro­duit un luth dans l’orches­tra­tion. cet ins­tru­ment habi­tuel­le­ment uti­lisé pour la musi­que pro­fane ren­force ici le carac­tère médi­ta­tif de cette pièce.

La ver­sion Richter, ne serait-ce que pour la chou­croute de la luthiste ...

20. Aria, Ténor

Erwäge, wie sein blut­gefärb­ter Rücken
in allen Stücken dem Himmel glei­che geht !
Daran, nach­dem die Wasserwogen
von uns’rer Sündflut sich ver­zo­gen,
Der aller­schönste Regenbogen
als Gottes Gnadenzeichen steht
Considère, comme son dos coloré de sang
en tous points res­sem­ble au ciel !
Sur lui, après que les vagues
du déluge de notre péché soient pas­sées,
le plus beau de tous les arcs-en-ciel
est le signe de la grâce de Dieu

On retrouve la même ins­pi­ra­tion pié­tiste dans cet air, tou­jours sur des paro­les de Brockes, et qui va plus loin encore dans la contem­pla­tion mys­ti­que des dou­leurs du Christ, en com­pa­rant le sang sur le dos du Christ à un arc en ciel qui illu­mine le ciel. Le texte ini­tal de Brockes était encore plus étrange et "baro­que" au sens actuel (tra­duc­tion non garan­tie) :

Dem Himmel gleicht sein bunt-gestriemter Rücken
Den Regen-Bögen ohne zahl
Als Lauter Gnaden-Zeichen schmücken ;
Die (da die Sünd-Flut unsrer Schuld verseiget)
Der holden Liebe Sonnen-Strahl
In seines Blutes Wolcken zeiget.
Semblable au ciel est son dos rayé de blessures colorées
que d’innombrabres arcs-en-ciel
décorent en signe de pure Grâce ;
(car il expie le déluge de péchés de notre faute)
le rayon de soleil de l’Amour gracieux
luit à travers les nuages de son sang.

Comprenne qui pourra... Remercions Bach d’avoir sim­pli­fié ces paro­les.

Cet aria est la plus lon­gue de la pas­sion. Bach intro­duit deux vio­les d’amour (qui peu­vent être rem­pla­cées par des vio­lons avec sour­dine), jouant le plus sou­vent ensem­ble à la tierce, qui don­nent un carac­tère gra­cieux et expres­sif à cet aria, comme un air d’amour dans l’opéra ita­lien. Les gran­des tenues sur « Erwäge » (« Considérez »), « Wasserwogen » (« Vagues »), « Regenbogen » (« Arc-en-ciel » per­met­tent aux motifs exu­bé­rants des vio­les d’amour de déve­lop­per ces sym­bo­les.

Harnoncourt, tou­jours :

Ténor : Thomas Moser

21. Récitatif

21a.
Evangelista : Und die Kriegsknechte floch­ten eine Krone von Dornen und setz­ten sie auf sein Haupt und leg­ten ihm ein Purpurkleid an und spra­chen :
21a. (Jn 19, 2-3a)
L’évangéliste : Les sol­dats tres­sè­rent une cou­ronne d’épines, qu’ils posè­rent sur sa tête, et ils le revê­ti­rent d’un man­teau de pour­pre ; puis s’appro­chant de lui, ils disent :
21b. Chorus
Sei gegrüßet, lie­ber Judenkönig !
21b. Chœur (Jn 19, 3b)
Salut, cher roi des Juifs !
21c.
Evangelista : Und gaben ihm Backenstreiche. Da ging Pilatus wie­der heraus und sprach zu ihnen :
21c. (Jn 19, 3c-6a)
L’évangéliste : Et ils lui don­naient des souf­flets. Pilate sor­tit de nou­veau et dit aux Juifs :
Pilatus : Sehet, ich führe ihn heraus zu euch, daß ihr erken­net, daß ich keine Schuld an ihm finde.
Evangelista : Also ging Jesus heraus und trug eine Dornenkrone und Purpurkleid, und er sprach zu ihnen :
Pilatus : Sehet, welch ein Mensch !
Evangelista : Da ihn die Hohenpriester und die Diener sahen, schrien sie und spra­chen :
Pilate : Voyez, je vous l’amène dehors, afin que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun crime.
L’évangéliste : Jésus sor­tit donc, por­tant la cou­ronne d’épines et le man­teau de pour­pre. Et il leur dit :
Pilate : Voyez, quel homme !
L’évangéliste : Lorsque les grand-prê­tres et les huis­siers le virent, ils s’écrièrent :
21d. Chorus
Kreuzige, kreu­zige !
21d. Chœur (Jn 19, 6b)
Crucifie ! cru­ci­fie !
21e.
Evangelista :Pilatus sprach zu ihnen :
Pilatus : Nehmet ihr ihn und kreu­zi­get ihn ; denn ich finde keine Schuld an ihm !
Evangelista : Die Juden ant­wor­te­ten ihm :
21e. (Jn 19, 6c-7a)
L’évangéliste : Pilate leur dit :
Pilate : Prenez-le vous-mêmes, et cru­ci­fiez-le, car moi, je ne trouve point de crime en lui.
L’évangéliste : Les Juifs lui répon­di­rent :
21f. Chorus
Wir haben ein Gesetz, un nach dem Gesetz soll er ster­ben, denn er hat sich selbst zu Gottes Sohn gemacht.
21f. Chœur (Jn 19, 7b)
Nous avons une Loi ; et, selon notre Loi, il doit mou­rir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu.
21g.
Evangelista : Da Pilatus das Wort hörete, fürch­tet’ er sich noch mehr und ging wie­der hinein in das Richthaus und spricht zu Jesus :
Pilatus : Von wan­nen bist du ?
Evangelista : Aber Jesus gab ihm keine Antwort. Da sprach Pilatus zu ihm :
Pilatus : Redest du nicht mit mir ? Weißest du nicht, daß ich Macht habe, dich zu kreu­zi­gen, und Macht habe, dich los­zu­ge­ben ?
Evangelista : Jesus ant­wor­tete :
Jesus : Du hät­test keine Macht über mich, wenn sie dir nicht wäre von oben herab gege­ben ; darum, der mich dir überantwortet hat, der hat’s größ’re Sünde.
21g. (Jn 19, 8-12a)
L’évangéliste : Quand Pilate enten­dit cette parole, sa frayeur aug­menta. Il ren­tra dans le pré­toire, et dit à Jésus :
Pilate : D’où es-tu ?
L’évangéliste : Mais Jésus ne lui donna point de réponse. Pilate lui dit :
Pilate : Est-ce à moi que tu ne par­les pas ? Ne sais-tu pas que j’ai le pou­voir de te cru­ci­fier, et que j’ai le pou­voir de te libé­rer ?
L’évangéliste : Jésus répon­dit :
Jésus :Tu n’aurais sur moi aucun pou­voir, s’il ne t’avait été donné d’en haut. C’est pour­quoi celui qui me livre à toi com­met un plus grand péché.
Evangelista : Von dem an trach­tete Pilatus, wie er ihn los­ließe.
L’évangéliste : Dès ce moment, Pilate cher­chait à le libé­rer.
 
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Ecce homo (Caravage)

C’est à nou­veau le chœur qui mène la danse dans ce réci­ta­tif, Pilate étant de plus en plus effrayé, tan­dis que Jésus lui rap­pelle qu’il est sou­mis à la volonté divine. On y trouve le célè­bre "Ecce homo", que Luther tra­duit par "Voyez, quel homme !"

Le chœur des sol­dats "Salut cher roi des juifs" exprime la déri­sion à tra­vers les cas­ca­des de notes des­cen­dan­tes des flû­tes et haut­bois, qui figu­rent les éclats de rire de la foule, pen­dant que les voix nar­quoi­ses accen­tuent les mots "salut", "cher" et "roi".

Le chœur "Crucifie", très vio­lent, déve­loppe l’image de la croix, avec des croi­se­ments dans les voix, des chro­ma­tis­mes et des dis­so­nan­ces pour expri­mer la dou­leur du sup­plice, et un rythme haché qui mon­tre l’impé­tuo­sité de la foule. le mot "Kreuzige" est répété sur 24 mesu­res (4 x 6 : 4 = nom­bre de la croix, 6 = nom­bre du créa­teur, comme nous l’avons vu dans l’arti­cle sur le chœur d’intro­duc­tion).

Le chœur "Nous avons une Loi" est au contraire très mar­tial et carré, avec une fugue très rigou­reuse, afin d’expri­mer la rigueur de la la loi, et le carac­tère inexo­ra­ble de la sen­tence.

22. Choral

Durch dein Gefängnis, Gottes Sohn,
ist uns die Freiheit kom­men.
Dein Kerker ist der Gnadenthron,
die Freistatt aller Frommen ;
Denn gingst du nicht die Knechtschaft ein,
müßt’ unsre Knechtschaft ewig sein.
« Par ta cap­ti­vité, Fils de Dieu,
la liberté nous est venue. »
Ton cachot est le trône de grâce,
l’asile de tous les fidè­les ;
car si tu n’acquies­çais à la ser­vi­tude,
notre ser­vi­tude devrait être éternelle.
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Jésus pré­senté à la foule (Gustave Doré)

Ce texte serait extrait d’un livret de la Passion de Christian Heinrich Postel (1658 - 1755). Postel a été l’écrivain de livrets le plus impor­tant et le plus pro­li­fi­que de l’opéra de Hambourg à la fin du 17e siè­cle.

Comme nous l’avons indi­qué plu­sieurs fois, ce cho­ral est vrai­ment le som­met de cette Passion, car pour Bach il résume l’évangile : la liberté don­née aux hom­mes par la venue et la pas­sion du Christ. Et l’image du Christ empri­sonné qui libère l’homme est plus forte encore que la cru­ci­fixion qui suit.

La mélo­die pro­vient d’un hymne de Johann Hermann Schein (1586 - 1630), paru pour la pre­mière fois à Leipzig en 1628, sous forme d’un "petit chant de conso­la­tion" ("Trost-Liedlein") à 5 voies. Schein était un pré­dé­ces­seur de Bach, can­tor de l’église Saint-Thomas de Leipzig de 1616 à sa mort en 1630, et avait fait paraî­tre un recueil de 237 cho­ral, dont 81 de sa plume.

L’har­mo­ni­sa­tion se carac­té­rise par une voix de basse très expres­sive, qui par­court de grands écarts, en plon­geant dans le grave sur le mot pri­son (la pro­fon­deur du cachot), et en remon­tant pour évoquer la liberté, puis en accen­tuant le mot ser­vi­tude éternelle par une mon­tée chro­ma­ti­que.

23. Récitatif

23a.
Evangelista : Die Juden aber schrieen und spra­chen :
23a. (Jn 19, 12b)
L’évangéliste : Mais les Juifs criaient :
23b. Chorus
Lässet du die­sen los, so bist du des Kaisers Freund nicht, den wer sich zum Könige machet, der ist wider den Kaiser.
23b. Chœur (Jn 19, 12c)
Si tu le relâ­ches, tu n’es pas ami de César ; qui­conque se fait roi se déclare contre César.
23c.
Evangelista : Da Pilatus das Wort hörete, füh­rete er Jesum heraus, und setzte sich auf den Richtstuhl, an der Stätte, die da heißet Hochpflaster, auf hebräi­sch aber Gabbatha. Es war aber der Rüsttag in Ostern, um die sechste Stunde ; und er spricht zu den Juden :
Pilatus : Sehet, das ist euer König.
Evangelista :
Sie schrien aber :
23c. (Jn 19, 13-15a)
L’évangéliste : Pilate, ayant entendu ces paro­les, amena Jésus dehors ; et il s’assit au tri­bu­nal au lieu appelé le Pavé, et en hébreux Gabbatha. C’était la pré­pa­ra­tion de la Pâque, et envi­ron la sixième heure. Pilate dit aux Juifs :
Pilate : Voyez, c’est votre roi.
L’évangéliste : Mais ils s’écrièrent :
23d. Chorus
Weg, weg mit dem, kreu­zige ihn !
23d. Chœur (Jn 19, 15b)
Ôte-le, ôte-le, cru­ci­fie-le !
23e.
Evangelista : Spricht Pilatus zu ihnen :
Pilatus : Soll ich euren König kreu­zi­gen ?
Evangelista : Die Hohenpriester ant­wor­te­ten :
23e. (Jn 19, 15c)
L’évangéliste : Pilate leur dit :
Pilate : Crucifierai-je votre roi ?
L’évangéliste : Les grand-prê­tres répon­di­rent :
23f. Chorus
Wir haben kei­nen König, denn den Kaiser.
23f. Chœur (Jn 19, 15d)
Nous n’avons de roi que César.
23g.
Evangelista :Da überantwortete er ihn, daß er gekreu­zi­get würde. Sie nah­men aber Jesum und füh­re­ten ihn hin. Und er trug sein Kreuz und ging hinaus zur Stätte, die da heißet Schädelstätt, wel­che heißet auf hebraï­sch Golgatha.
23g. (Jn 19, 16-17)
L’évangéliste : Alors il le leur livra pour être cru­ci­fié. Ils pri­rent donc Jésus, et l’emme­nè­rent. Jésus por­tant sa croix, arriva au lieu du crâne, qui se nomme en hébreu Golgotha.
 
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Jésus devant Pilate (Nicolas Maes)

Ce sont les inter­ven­tions fina­les de la foule dans ce pro­cés.

Le chœur "Si tu le relâ­ches" reprend la mélo­die du chœur "Nous avons une loi" : Bach fait ainsi le paral­lèle entre la loi juive et la loi romaine, qui tou­tes deux condam­nent Jésus, du moins d’après la foule.

Pilate énonce à nou­veau le thème de la royauté, en disant "Voyez, c’est votre roi". Mais le chœur "Ôte-le, cru­ci­fie-le" reprend le thème vio­lent du chœur "Crucifie", en ajou­tant les per­cus­sions du mot "weg" répété par tou­tes les voix, ce qui lui donne un carac­tère plus sau­vage.

Enfin, les prê­tres réfu­tent à nou­veau le carac­tère royal de Jésus, et refer­ment la bou­cle en repre­nant le thème des pre­miers chœurs("Jésus de Nazareth") dans le chœur "Nous n’avons d’autre roi que César").

24. Air, Basse soliste et chœur

Solo : Eilt, ihr angefocht’nen Seelen,
geht aus euren Marterhöhlen, Eilt …
Chorus : Wohin ?
Solo : Nach Golgatha !
Nehmet an des Glauben Flügel, Flieht…
Chorus : Wohin ?
Solo : zum Kreuzeshügel.
Eure Wohlfahrt blüht allda
Soliste : Dépéchez-vous âmes inquiètes,
sortez de votre antre de martyre, Dépéchez-vous…
Le Chœur : Où ?
Soliste : A Golgotha !
Prenez les ailes de la foi, volez …
Le Chœur : Où ?
Soliste : A la colline de la croix.
Votre salut fleurit là.

Cet aria de basse accom­pa­gnée les cor­des et par le chœur est sur un texte de Brockes, dont on reconnaît bien le style imagé. Les voca­li­ses inces­san­tes et tor­tu­rées de la basse mon­trent à la fois le mou­ve­ment, la hâte et l’inquié­tude. il s’agit encore d’aller contem­pler les souf­fran­ces du Christ. Le sujet est pro­che du pre­mier chœur de la Passion selon Saint Mathieu (Venez, ô vous, mes filles ; et pleu­rez avec moi). Les inter­ro­ga­tions du chœur où ? se font sur un rythme de plus en plus serré, jusqu’à la réponse du soliste : à Golgotha.

25. Récitatif

25a.
Evangelista : Allda kreu­zig­ten sie ihn und mit ihm zween andere zu bei­den Seiten, Jesum aber mit­ten inne. Pilatus aber schrieb eine Überschrift und setzte sie auf das Kreuz und war ges­chrie­ben : Jesus von Nazareth, der Juden König ! Diese Überschrift lasen viel Juden, denne die Stätte war nahe bei der Stadt, da Jesus gekreu­zi­get ist. Und es war ges­chrie­ben auf hebräi­sche, grie­chi­sche und latei­ni­sche Sprache. Da spra­chen die Hohenpriester der Juden zu Pilato :
25a. (Jn 19, 18-21a)
L’évangéliste : C’est là qu’il fut cru­ci­fié, et deux autres avec lui, un de cha­que côté, et Jésus au milieu. Pilate fit une ins­crip­tion, qu’il plaça sur la croix, et qui était ainsi conçue ; Jésus de Nazareth, roi des Juifs. Beaucoup de Juifs lurent cette ins­crip­tion, car le lieu où Jésus fut cru­ci­fié était près de la ville : elle était écrite en hébreu, en grec et en latin. Les grands-prê­tres des Juifs dirent à Pilate :
25b. Chorus
Schreibe nicht : der Juden König, son­dern daß er gesa­get habe : Ich ben der Juden König
25b. Chœur (Jn 19,21b)
N’écris pas : Roi des Juifs. Mais écris qu’il a dit : Je suis roi des Juifs
25c.
Evangelista : Pilatus ant­wor­tet :
Pilatus : : Was ich ges­chrie­ben habe, das habe ich ges­chrie­ben.
25c. (Jn 19, 22)
L’évangéliste : Pilate répon­dit :
Pilate : Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit.
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Crucifixion (Matthias Grünewald)

Nous voici arrivé à la cru­ci­fixon, et l’ins­crip­tion de "INRI" (Iesus Nazarenus Rex Iudæorum) sur la croix.

Sur "N’écris pas : Roi des Juifs" le chœur reprend la mélo­die du chœur "Salut cher roi des juifs" . C’est un nou­veau chœur de déri­sion, où la foule refuse de reconnaî­tre Jésus en roi des juifs. Les bois repren­nent leurs cas­ca­des de rire.

26. Choral

In mei­nes Herzens Grunde,
dein Nam’ und Kreuz allein
Funkelt all Zeit und Stunde,
drauf kann ich fröh­lich sein.
Erschein’ mir in dem Bilde
Zu Trost in mei­ner Not,
Wie du, Herr Christ, so milde,
dich hast geblut’t zu Tod.
Au fond de mon cœur,
ton nom et ta croix seuls
étincellent à tout temps et heure,
de cela je peux me réjouir.
Apparais-moi en ima­gi­na­tion,
comme conso­la­tion dans mon besoin :
com­ment toi, Seigneur Jésus Christ, si doux
tu as sai­gné jusqu’à la mort.

Les paro­les de ce cho­ral sont extrai­tes d’un hymne pour les mou­rants de Valerius Herberger (1562-1627) "Valet will ich dir geben", écrit pen­dant la grande peste de Silésie en 1613. La mélo­die est d’un Cantor luthé­rien de Silésie, Melchior Teschner, et a été publiée en 1614 avec les paro­les de Herberger.

Ce cho­ral, écrit dans la tona­lité lumi­neuse de mi bémol majeur, est un "tube" : il est main­te­nant très connu en France et sou­vent chanté sur les paro­les de Jacques Tournier "il fait dan­ser les mon­des".

27. Récitatif

27a.
Evangelista : Die Kriegsknechte aber, da sie Jesus gekreu­zi­get hat­ten, nah­men seine Kleider und mach­ten vier Teile, einem jegli­chen Kriegsknechte sein Teil, dazu auch den Rock. Der Rock aber war ungenä­het, von oben an gewür­ket durch un durch. Da spra­chen sie unte­rei­nan­der :
27a. (Jn 19, 23-24a)
L’évangéliste : Les sol­dats, après avoir cru­ci­fié Jésus, pri­rent ses vête­ments, et ils en firent qua­tre parts, une part pour cha­que sol­dat. Ils pri­rent aussi sa tuni­que, qui était sans cou­ture, d’un seul tissu depuis le haut jusqu’en bas. Et ils dirent entre eux :
27b. Chorus
Lasset uns den nicht zer­tei­len, son­dern darum losen, wes er sein soll.
27b. Chœur (Jn 19, 24b)
Ne la déchi­rons pas mais tirons à qui elle sera.
27c.
Evangelista : Auf daß erfül­let würde die Schrift, die da saget : Sie haben meine Klei­der unter sich getei­let und haben über mei­nen Rock das Los gewor­fen. Solches taten die Kriegsknechte. Es stund aber bei dem Kreuze Jesu seine Mutter und sei­ner Mutter Schwester, Maria, Cleophas Weib und Maria Magdalena. Da nun Jesus seine Mutter sah und den Jünger dabei ste­hen, den er lieb hatte, spricht er zu sei­ner Mutter :
Jesus : Weib ! siehe, das ist dein Sohn !
Evangelista : Darnach spricht er zu dem Jünger :
Jesus : Siehe, das ist deine Mutter !
27c. (Jn 19, 24c-27a)
L’évangéliste : Cela arriva afin que s’accom­plît cette parole de l’Écriture : Ils se sont par­tagé mes vête­ments, et ils ont tiré au sort ma tuni­que. Voilà ce que firent les sol­dats. Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala. Jésus, voyant sa mère, et auprès d’elle le dis­ci­ple qu’il aimait, dit à sa mère :
Jésus : Femme, voilà ton fils.
L’évangéliste : Puis il dit au dis­ci­ple :
Jésus : Voilà ta mère.
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Calvaire (Andre Mantegna)

Le chœur des sol­dats « Ne la déchi­rons pas mais tirons à qui elle sera » tran­che avec l’ensem­ble de la pas­sion, car aucune émotion ne sem­ble l’attein­dre : Bach signi­fie ainsi que les sol­dats sont tota­le­ment étrangers au drame en cours, ils s’amu­sent à jouer la tuni­que aux dés. La musi­que prend un carac­tère méca­ni­que, comme une boîte à musi­que. Le thème uti­lise une note répé­tée six fois (cor­res­pon­dant aux six faces du dé), pen­dant que la basse répète inlas­sa­ble­ment un motif ryth­mi­que d’accord brisé, appelé aujourd’hui basse d’Alberti (mais Domenico Alberti avait 13 ans au moment de la com­po­si­tion de la pas­sion, et n’a donc pas vrai­ment influencé Bach...). La dis­cus­sion d’abord enjouée s’anime vers la fin, le motif fugué étant repris en strette (avec entrées rap­pro­chées des voix).

28. Choral

Er nahm alles wohl in Acht
in der letz­ten Stunde,
Seine Mutter noch bedacht’,
setzt ihr ein’n Vormunde.
O Mensch, mache Richtigkeit,
Gott und Menschen liebe,
Stirb darauf ohn’ alles Leid,
und dich nicht betrübe !
Il prit bien soin de tous
à la der­nière heure,
pensa encore à sa mère,
lui établit un tuteur.
O homme, fais ce qui est juste ;
aime Dieu et les hom­mes.
Meurs alors sans aucune dou­leur,
et ne t’attriste pas !

Ce cho­ral est une reprise du n°11, à la tona­lité et quel­ques notes près, les paro­les étant tirées de la 20ème stro­phe du même hymne de Paul Stockmann. Il résume l’action pré­cé­dente, où Jésus confie Marie et Jean l’un à l’autre, et en tire les ensei­gne­ments, en inci­tant le fidèle à agir aussi serei­ne­ment et jus­te­ment que Jésus à l’heure de sa mort.

Traduction de Philippe Charru et Christoph Theobald



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