Pour l’illustrer, nous écouterons la version de Kuijken et la petite Bande.
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n°2. Récitatif
2a.Evangelista : Jesus ging mit seinen Jüngern über den Bach Kidron, da war ein Garten, darein ging Jesus und seine Jünger. Judas aber, der ihn verriet, wußte den Ort auch, denn Jesus versammelte sich oft da-selbst miit seinen Jüngern.Da nun Judas zu sich hatte genommen die Schar und der Hohenpriester und Pharisäer Diener, kommt er dahin mit Fackeln, Lampen und mit Waffen. Als nun Jesus wußte alles, was ihn begegnen sollte, ging er hinaus und sprach zu ihnen :Jesus : Wen suchet ihr ?Evangelista : Sie antworteten ihm : 2a. (Jn 18, 1-5a)L ’évangéliste : Jésus alla avec ses disciples de l’autre côté du torrent du Cédron, où se trouvait un jardin, dans lequel il entra, lui et ses disciples.Judas, qui le livrait, connaissait ce lieu, parce que Jésus et ses disciples s’y étaient souvent réunis. Judas donc, ayant pris la cohorte, et des gardes qu’envoyèrent les grands-prêtres et les pharisiens, vint là avec des lanternes et des flambeaux et des armes. Jésus, sachant tout ce qui devait lui arriver, s’avança et dit :Jésus : Qui cherchez-vous ?L ’évangéliste : Ils lui répondirent : 2b. ChorusJesum vom Nazareth ! 2b. Chœur (Jn 18, 5b)Jésus de Nazareth ! Jesus spricht zu ihnen :Jesus : Ich bin’sEvangelista : Judas aber, der ihn verriet, stund auch bei ihnen. Als nun Jesus zu ihnen sprach : lch bin’s ! wichen sic zurücke und fielen zu Boden. Da fragete er sie abermal :Jesus : Wen suchet ihr ?Evangelista :Sie aber sprachen : 2c. (Jn 18, 5c-7a)L ’évangéliste : Jésus leur dit :Jésus : C’est moi.L ’évangéliste : Et Judas, qui le livrait, était avec eux. Lorsque Jésus leur eut dit : C’est moi, ils reculèrent et tombèrent par terre. Il leur demanda de nouveau :Jésus : Qui cherchez-vous ?L ’évangéliste : et ils dirent : 2d. ChorusJesum vom Nazareth ! 2d. Chœur (Jn 18, 7b)Jésus de Nazareth ! 2e. (Jn 18, 8)Evangelista:Jesus antworteteJesus : Ich hab’s euch gesagt. daß ich’s sei, suchet ihr dennmich, so lasset diese gehen ! 2e. (Jn 18, 9-11)L ’évangéliste : Jésus réponditJésus : Je vous ai dit que c’est moi. Si donc c’est moi que vous cherchez, laissez aller ceux-ci !
Ce premier récitatif permet de retrouver des tournures typiques de Bach :
sur "Judas aber, der ihn verriet" (Judas, qui le livrait) un accord dissonant de septième diminuée montre le mal ;
sur "Die Hohen Priester" (les grands prêtres), la voix monte très haut pour montrer que les personnages sont importants ;
sur "ging er hinaus"("Il sortit") la voix monte à nouveau pour marquer l’élan ;
sur "Wen suchet ihr" l’interrogation est marquée par un accord suspensif de sixte (cadence rompue).
sur "und fielen zu Boden“ (et tombèrent par terre), la voix descend.
Les deux premières intervention du chœur, qui personnifie les prêtres et les gardes, sont courtes et volentes. Elles sont accompagnées par un motif agité des violons, très "vivaldien" :
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Ce motif, qu’on retrouvera à deux reprises dans des chœurs de turbae, toujours sur des interventions brèves, semble indiquer à la fois la violence, l’impétuosité, mais aussi la superficialité des réponses de la foule.
On note aussi l’apparition du motif de la royauté (cf. billet précédent) dans une réponse de Jésus, sur " Je vous ai dit que c’est moi. Si donc c’est moi que vous cherchez", dans lequel Jésus affirme son identité (et plus profondément sa nature).

n°3 Choral
O große Lieb, o Lieb ohn alle Maße,Die dich gebracht auf diese MarterstraßeIch lebte mit der Weltin Lust und Freuden,Und du mußt leiden. Ô grand Amour, ô Amour sans limite,Qui t’a amené sur cette voie du martyreJe vivais avec le monde dans le plaisir et les joies,Et toi tu dois souffrir.
Ce premier choral de la passion invite le croyant à s’arracher à sa vie paisible et confortable, et à s’apitoyer sur le martyre du Christ.
Les paroles du Choral sont la septième strophe d’un hymne de la passion paru en 1630 de Johann Heermann (1585-1647), "Herz-liebster Jesu, was hast du verbrochen".
La mélodie composée pour ce poème par Johann Cruger (1598-1662) est apparue pour la première fois dans Neues Vollkommliches Gesangbuch (Berlin, 1640).

Johann Cruger a écrit de nombreuses mélodies de choral, dont 20 sont encore chantées couramment de nos jours. Deux autres strophes du même hymne sont utilisées dans le choral n°17 (Ach großer König), dans une harmonisation très différentes. Bach a également utilisée cette mélodie à deux reprises dans la Passion selon Saint Mathieu.
Ici l’harmonisation est assez simple. Bach adoucit la mélodie au soprano en ajoutant quelques notes de passage, mais surtout les basses marquent les mots "martyr" et "souffrir" par des mouvements chromatiques très expressifs.
n°4 récitatif
Evangelista : Auf dass das Wort erfüllet würde, welches er sagte : Ich habe der keine verloren, die du mir gegeben hast. Da hatte Simon Petrus ein Schwert und zog es aus und schlug nach des Hohenpriesters Knecht und hieb ihm sein recht Ohr ab ; und der Knecht hieß Malchus. Da sprach Jesus zu Petro :Jesu : Stecke dein Schwert in die Scheide ! Soll ich den Kelch nicht trinken, den mir mein Vater gegeben hat ? L ’évangéliste : Ainsi fut accomplie la parole qu’il avait dite : « Je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donnés. » Alors Simon Pierre, qui avait une épée, la tira, frappa le serviteur du grand-prêtre et lui coupa l’oreille droite. Ce serviteur s’appelait Malchus. Mais Jésus dit à Pierre :Jésus : Remets ton épée dans le fourreau : ne boirai-je pas la coupe que le Père m’a donnée à boire ?
Dans ce récitatif, le mouvement de violence de Pierre est rendu par des accords tourmentés (7ème diminuée), une mélodie distendue, alors que le motif royal réapparaît dans l’intervention du Christ pour ramener l’ordre.

n° 5 Choral
Dein Will gescheh, Herr Gott, zugleichAuf Erden wie im Himmelreich.Gib uns Geduld in Leidenszeit,Gehorsam sein in Lieb und Leid ;Wehr und steur allem Fleisch und Blut,Das wider deinen Willen tut ! Que ta volonté soit faite, Seigneur Dieu,Sur la Terre comme au Ciel.Donne-nous la patience dans le jour de peine ;L’obéissance dans l’Amour et la Souffrance ;Défends-nous et conduits notre chair et notre sang,Pour que nous n’agissions pas contre ta volonté !
Ce choral est le célèbre "Notre Père" (Évangile selon Saint Luc 11 : 2-4), dans la traduction en vers de Martin Luther. La mélodie et les paroles sont apparues pour la première fois dans un recueil d’hymnes de 1539 (Geistliche lieder auffs new gebessert, Valentin Schumann).
La mélodie de ce choral a parfois été attribuée aussi à Martin Luther, mais sans preuve concluante. Luther a certainement choisi la mélodie dans le répertoire populaire de son époque ; pour les paroles, il s’est autorisé une grande liberté vis-à-vis du texte latin, peut-être pour mieux coller à la mélodie. C’est un choral encore très souvent chanté de nos jours pendant les offices luthériens. Bach utilisera ce choral dans trois cantates (BWV 90,101, 102), la cantate 101 reposant même entièrement sur cet hymne. Il en adaptera également quatre versions pour l’orgue sous forme de chorals ornés (BWV 636, 682, 683, 737).
Ici, ce choral intervient pour rappeler que c’est la volonté de Dieu qui est à l’œuvre dans la passion, et que, comme Jésus accepte la coupe tendue par son père, le fidèle doit respecter la volonté divine.
L’harmonisation est à la fois simple et intense, avec de nombreux contre-chants au voix médianes. Comme pour le précédent choral, Bach ajoute des notes de passage sur la voie soprano pour assouplir la mélodie :

Ce choral a aussi été utilisé par Mendelssohn pour de très célèbres variations dans sa sixième sonate pour orgue.
En savoir plus sur le choral Vater unser im Himmelreich...
Et pour finir une fort belle version de cette première section de la passion par Suzuki :


