39. Chœur
Ruht wohl, ihr heiligen Gebeine,die ich nun weiter nicht beweine ;Ruht wohl, und bringt auch mich zur Ruh’.Das Grab, so euch bestimmet istund ferner keine Not umschließt,Macht mir den Himmel aufund schließt die Hölle zu. Reposez bien, ossements saints,que je ne pleurerai désormais plus ;Reposez bien, et apportez-moi aussi le repos.Le tombeau, qui vous est destinéet ne renferme plus de détresse,m’ouvre le cielet ferme l’enfer.
Les paroles proviennent de la passion de Brocke. On reconnaît son goût pour les images complexes, avec le tombeau qui ouvre le ciel.
Le rythme est celui d’un menuet lent (trois temps, avec arrêt sur le premier temps), mais la forme est de type refrain/couplets : c’est ce que les compositeurs français appellent un menuet en rondeau. Bach choisit une forme « galante », et compose un chœur purement homophonique, pratiquement sans aucun recours au contrepoint. C’est très rare dans son œuvre : on ne retrouve de tels chœurs que dans ses cantates profanes, hormis évidemment le dernier chœur de la Passion selon Saint Mathieu.
Mais si ce morceau est galant, l’émotion est bien présente : la tonalité de do mineur, « agréable, charmante, mais aussi triste, désolée » d’après Matheson, et les phrases descendantes donnent une atmosphère prenante et recueillie.
Cette image du bébé qu’on berce est l’occasion de rappeler que Bach adorait les enfants, mais aussi qu’il eut la douleur d’en perdre dix en bas âge — peut être pense-t-il à eux en écrivant ce chœur. C’est aussi un moyen de faire le lien avec la Nativité, l’autre grande fête chrétienne, tout comme l’Oratorio de Noël finit sur un choral de la Passion : « dans le bois de la crèche se trouve celui de la croix ».
L’orchestre commence seul le refrain, la mélodie principale revenant au hautbois, flûtes et violons I. Pendant ce temps, les violons II et altos dessinent de grandes descentes, bientôt rejoints par les violoncelles. On est frappé par l’abondance des lignes descendantes, qui représentent l’ensevelissement, la mise au tombeau :

Le chœur rentre doucement et dans le grave, mais il n’a pas la mélodie, il ne fait qu’accompagner l’orchestre au début. Puis peu à peu, il prend son indépendance, rejoint la mélodie principale, et reprend enfin la mélodie du refrain complet. De longue tenues sur Ruht wohl, représentant le repos et l’immobilité, accompagnées d’arpèges descendantes chez les basses, préparent une grande montée sur « apportez-moi aussi le repos », et la fin du refrain. L’orchestre reprend alors l’introduction du refrain seul.
Puis vient un premier couplet chanté par le chœur sans orchestre (avec la basse continue). Plus détendu, il commence en si bémol majeur . Il finit par une grande montée des basses et sopranos sur « m’ouvre le ciel » et une descente sur « ferme l’enfer ».
Le refrain reprend alors en entier. Le second couplet et sur le même thème que le premier, mais commence plus sombrement en fa mineur, et ne fait pas intervenir le pupitre de basses, ce qui lui donne un côté aérien. Il finit également par une grande montée des sopranos sur « ciel », et une descente sur « enfer ».
Le morceau reprend alors au début, sur l’introduction de l’orchestre, et se finit à la fin du refrain.
Avec cette pièce, Bach écrit un de ses chœurs les plus simples et en même temps les plus émouvants. Il choisira également de terminer sa passion selon Saint Mathieu par un chœur dans le même style « Wir setzen uns mit Tränen nieder » (Nous nous asseyons en pleurs).
Gardiner (sur la belle écriture de Johann Nathanael Bammler, assistant de Bach à l’école Saint Thomas)
Suzuki (avancer à 02:00)
Attention, la version de Herreweghe est très belle, mais les images de Mel Gibson sont très violentes (et selon moi pas du tout en situation sur ce chœur) :
40. Choral
Ach Herr, laß dein’ lieb’ Engeleinam letzten End’ die Seele meinIn Abrahams Schoß tragen ;Den Leib in sein’m Schlafkämmerleingar sanft, ohn’ ein’ge Qual und Pein,Ruh’n bis am Jüngsten Tage !Alsdann vom Tod erwecke mich,daß meine Augen sehen dichin aller Freud’, o Gottes Sohn,mein Heiland und Genadenthron !Herr Jesu Christ, erhöre mich,ich will dich preisen ewiglich. Ah Seigneur, que ton cher angelotà la dernière extrémité porte mon âmedans le sein d’Abraham ;et mon corps dans sa chambre à dormirtout doux, sans aucune douleur ou peine,qu’il le laisse reposer jusqu’au jugement dernier !Alors éveille-moi de la mort,que mes yeux te voienten toute joie, ô Fils de Dieu,mon salut et trône de grâce !Seigneur Jésus Christ, exauce-moi,je te louerai éternellement.
Mais il faut que le bébé se réveille demain, aussi Bach ajoute un dernier choral pour évoquer le repos de la mort et le jugement dernier qui le réveillera.
La mélodie de ce choral, « Herzlich Lieb hab’ ich dich, O Herr, », d’auteur inconnu, est apparue la première fois en 1577 dans un recueil pour orgue paru à Strasbourg. Elle figure aussi dans un recueil paru en 1587 à Bautzen, où elle est associée à une voix de ténor, évoluant presque uniformément à la sixte du soprano. Nous verrons que Bach reprendra cette disposition dans les premières mesures du choral.
La mélodie est aussi utilisée dans deux cantates de Bach, n°149 et 174, et harmonisée pour orgue dans le recueil Choral Gesange, N° 152.
Les paroles sont la 3ème strophe du seul cantique connu de Martin Schalling (1532-1608), « Herzlich Lieb hab’ ich dich, O Herr » (hymne pour les mourants), écrit aux environs de 1567. Né à Strasbourg, Schalling est devenu super-intendant général du duc de Bavière, avant de devenir pasteur à Nürnberg.
Sur les premières mesures, la descente parallèle des sopranos et des ténors permet d’évoquer la descente de l’ange. Puis une courbe aux voix intermédiaires décrit le sein d’Abraham. A partir de « Alors éveille moi de la mort » l’harmonisation devient de plus en plus solennelle, pour finir en valeurs longues — évidemment — sur « éternellement ».
Bach a hésité sur la fin de sa passion : dans le reprise de 1725, il supprime ce choral, pour conclure sur un chœur plus développé Christe, du Lamm Gotte (Christ,Agneau de Dieu) que nous connaissons maintenant comme le mouvement final de la cantate BWV23, Du wahrer Gott und Davids Sohn (Toi Vrai Dieu et Fils de David), mais il reviendra à ce choral plus simple et plus direct dans les reprises suivantes.
Chœur Christe, du Lamm Gotte de la cantate BWV 23 :





