Quelques mots sur le concert
Un an après son concert Fauré - Franck - Poulenc, le Chœur d’Oratorio revenait sur ce répertoire essentiel de la musique religieuse française des XIXe et XXe siècle.
Le Requiem de Fauré est certainement l’œuvre de musique religieuse française la plus connue et jouée dans le monde, un peu comme Carmen pour l’opéra français. Savez vous par exemple qu’il est joué tous les ans à Horishima dans le cadre d’un concert pour la paix ? Cette œuvre doit cette popularité a ses qualités uniques de recueillement, de simplicité, ses mélodies pénétrantes, et son harmonie subtile qui varie constamment les éclairages.
Il noua a paru intéressant de coupler le requiem à d’autres œuvres moins connues, mais situées très clairement dans la même lignée.
Camille Saint-Saëns, tout d’abord, qui fut le professeur de Gabriel Fauré, le lança dans la carrière d’organiste, et resta son ami toute sa longue vie. Il joua un rôle essentiel dans la renaissance de la musique française, en particulier en fondant la Société Nouvelle de Musique, dont Fauré fut le secrétaire. Ses motets montrent un grand souci de simplicité et de clarté, tout en déployant des couleurs très variées.
Après l’avoir entendu à l’orgue de la Madeleine, Franz Liszt décrit Saint-Saëns comme "le meilleur organiste du monde". Vincent Warnier nous le rappellera en interprétant la très virtuose transcription de la Danse Macabre faite par l’organiste Edwin Lemare. Les sonorités de l’orgue rivalisent avec celle d’un orchestre pour nous faire entrer dans la folie électrisante de cette danse. On y notera l’usage d’un thème du requiem grégorien, le Dies Irae, utilisé de manière ironique sur un mode dansant.
Autre grand organiste, Jean Langlais est connu surtout pour son œuvre pour orgue. Il a pourtant écrit de nombreuses œuvres pour chœur de très grande qualité. Sa Missa in Simplicitate est bien dans l’esprit des œuvres précédentes, avec l’accent mis sur le recueillement, le chœur de femmes déployant des mélodies d’abord très sobres, puis de plus en fougueuses pendant que l’orgue les éclaire avec des harmonies flamboyantes.
Francis Poulenc a écrit des pages parmi les plus essentielles de la musique religieuse du XXe siècle. Ses Quatre Petites Prières de Saint François d’Assise, écrites pour le chœur de moines franciscain de Champfleury, démontrent à la fois une grande expressivité et une grande richesse harmonique, sans que la musique n’écrase jamais les paroles.
Le mot de Jean Sourisse
Il aura fallu près d’ un siècle pour que la Musique Sacrée Française se remette du désastre que fut pour elle la Révolution, et retrouve enfin ses Lettres de Noblesse. C’est avec GOUNOD, puis FAURE et SAINT-SAËNS qu’ un vrai renouveau va voir le jour ; et à leur suite, ces génies que furent POULENC, MESSIAEN, DURUFLE, et le grand Jean LANGLAIS, si peu connu, hélas ! Ces concerts voudraient montrer un aperçu des chefs-d’œuvre laissés par ces grands Créateurs.
Jean Sourisse
Fauré a dit à propos de son requiem :
Mon Requiem, on a dit qu’il n’exprimait pas l’effroi de la mort, quelqu’un l’a appelé une berceuse de la mort. Mais c’est ainsi que je sens la mort : comme une délivrance heureuse, une aspiration au bonheur d’au-delà, plutôt que comme un passage douloureux...
Mon Requiem a été composé pour rien... pour le plaisir si j’ose dire... Peut-être ai-je ainsi, d’instinct, cherché à sortir du convenu, voilà si longtemps que j’accompagne à l’orgue des services d’enterrement ! J’en ai par-dessus la tête. J’ai voulu faire autre chose...



