Bach utilise le Recitativo secco, dans lequel le soliste déclame le texte très simplement (une note par syllabe), avec la ponctuation d’accords de l’orgue, et l’appoint des instruments qui complètent le continuo (violoncelle, contrebasse ou basse de viole).
Bach utilise de nombreuses tournures pour éclairer et vivifier le texte, que ce soit dans le chant ou l’accompagnement du continuo. Ces formules jouent à différent niveaux du texte.
Prosodie
Bach prend soin de respecter les accents de la langue allemande, et de placer le point culminant d’une phrase sur le mot le plus important. De même il marque très nettement les phrases interrogatives, qui finissent par une montée de la voix, mais aussi par un accord suspensif (souvent un accord de sixte, avec une cadence rompue),
alors que les affirmations sont marquées par une cadence parfaite.
Expressivité
Bach utilise le rythme et l’harmonie pour ajouter de l’expressivité du récitatif. Ainsi, lorsque le texte évoque le mal, la souffrance ou l’effroi, il place un accord dissonant au continuo (souvent un accord de 7e ou 7e diminuée). L’accablement sera marqué par un rythme ralenti et des notes descendantes, le combat par un mouvement vif, etc.
A certains endroits, l’harmonie permet de différencier les personnages. Ainsi quand Jésus parle de montrer la vérité (Warheit), l’harmonie évolue avec force de ré majeur à fa dièse majeur, apportant un effet de lumière et d’intensité, alors que Pilate répond de manière faible et interrogative (Qu’est ce que la vérité ?).
Symbolisme
Enfin Bach utilise des tournures visuellement évocatrices qui représentent ou renforcent les idées exprimées par le texte.
Lorsque le texte utilise le verbe « aller », « sortir », la voix monte pour évoquer le mouvement. Au contraire, lorsque les pharisiens tombent au sol, ou que Pierre se réchauffe accroupi auprès du feu, la voix descend.
De même pour évoquer des personnages important (les grands prêtres), la voix monte dans les aigus, et redescend pour parler de leur suite.
La tristesse ou la mort sont marquées par des chromatismes descendant.
Lorsque Pierre pleure, le mot « Weinet » est illustré par un longue mélopée chromatique, comme des sanglots.

Le mot « fouetta » (geisselte) est rendu par une évocation des coups de fouet sous forme de notes rapides, répétées :
La nature royale du Christ est évoquée de nombreuses fois dans l’évangile de Jean. A chaque fois, la même formule mélodique est utilisée :
Ce motif noble et affirmatif, dans le Jésus atteste son identité, est particulier en cela qu’on le retrouve à 12 reprises dans la passion sur des paroles de Jésus. Il représente le motif de la royauté du Christ. On le retrouvera dans le dialogue avec Pilate, lorsque Jésus parle de son royaume. Il faut savoir que l’évangile de Jean insiste beaucoup sur le caractère royal du Christ, alors que la l’évangile selon Saint Mathieu, par exemple, compare plus souvent le Christ à un agneau livré aux bouchers.
Enfin, le motif de la croix, qu’on a vu omniprésent dans le chœur d’introduction, se retrouve aussi dans le récitatif (la croix étant symbolisée par un motif en zig-zag) :
On trouvera des exemples commentés de ces techniques dans le billet suivant.










